Aurélien Mathieu, alias Shobrick, est lié à Quai 19 Production depuis sa création.
Outre ses compétences indéniables en réalisation, il s’est toujours amusé à détourner joliment et intelligemment les univers qui le passionnent et l’inspirent, tels Stars Wars ou Jurassic Park, en maquettes Lego et à immortaliser ses mises en scène miniatures en photo.
Il a travaillé notamment avec Warner Bros. pour la promotion du jeu vidéo « Lego Star Wars VII » et son premier livre « Lego Dino » va bientôt sortir aux éditions Glénat.

Afin de présenter en détails son travail, voici un article publié dans la revue « Breeks » qui lève le voile sur cet artiste original :

L’homme et ses legos

Derrière les créations impressionnantes de Shobrick, on trouve Aurélien Mathieu, un jeune homme de 27 ans à la créativité débordante. Et ça ne date pas d’aujourd’hui. Il vit une enfance baignée dans une famille sensible à l’expression artistique : là où son père lui transmet sa passion pour le cinéma, les dessins de sa mère l’encouragent à commencer ses propres bandes dessinées et à développer un amour de la minutie. Ses premiers pas dans le monde de la personnalisation de figurines ne se font pas avec un Lego, mais avec Warhammer. Sans réel intérêt pour le jeu en lui-même, Aurélien passe pourtant des heures à modifier et peindre ses personnages. Au terme d’une scolarité sans accros et une adolescence plutôt introvertie, il déménage à Paris afin de débuter des études d’audiovisuel à l’ESRA.

Aux origines d’une passion

Les legos sont venus avant l’adolescence et déjà, son attirance pour le cinéma donne à Aurélien l’idée de réinterpréter des scènes de films avec ses personnages et d’en inventer de nouvelles. Un oeil fermé comme pour mieux filmer du deuxième, il imagine diriger ses premiers films. C’est de cette activité que lui vient l’envie de construire un véritable décor auquel il pourra lier une histoire originale. Après des heures passées à modifier ses minifigurines, il filme le tout avec son imagination et se sert de ses expériences pour créer inconsciemment son identité artistique. Plus grand, c’est grâce aux legos qu’il s’intéresse au traitement de l’image et fait ses premiers pas sur Photoshop afin de retoucher une série de photos qui illustrent une histoire médiévale. Avec la retouche d’image vient l’envie de créer des effets de lumière plus pertinents : feu naturel et faux contre-jours qui donnent aux images une dimension plus réaliste et immersive.

Mais ce qui fait définitivement basculer Aurélien dans le monde des legos, c’est la communauté Flickr. Avec cette dernière, il apprend rapidement de nouvelles techniques et achète de plus en plus de pièces chez les fabricants d’accessoires spécialisés comme Tiny Tactical ou Brickarms pour des thèmes militaires plus fournis. Le soin qu’il apporte à ses retouches photo lui permet de sortir du lot et le succès qu’il rencontre l’encourage à poursuivre ses créations. Aurélien devient plus inventif et découpe carrément des pièces au cutter pour les désarticuler et améliorer leurs mouvements avec de la glue lors de la reconstitution. Il se démarque davantage en utilisant des idées novatrices ou empruntées à d’autres utilisateurs de la communauté qui n’hésitent pas à partager leurs astuces entre eux : petite lampe recouverte de plastique pour produire une pleine lune, du talc pour bébé pour faire de la neige, des briquettes allume-feu pour les flammes ou encore utiliser un écran d’ordinateur pour directement intégrer un arrière-plan.

Grâce aux échanges de la communauté, Aurélien devient de plus en plus versatile et produit des visuels remarquables en mettant en scènes des personnages qu’il rend plus réalistes en les maquillant de terre et de boue, de blessures et de sang. Beaucoup de ses scènes ont une ambiance militaire, que cela soit pour illustrer les forces armées de notre monde (armée américaine, Spetsnaz, etc.) ou celles de mondes fictifs (Star Wars, Metal Gear Solid, etc.). De plus en plus de visuels Star Wars font leur apparition sur son profile et les amateurs accrochent tout de suite. Il mélange justement ces deux univers militaires en mettant en scènes des Stormtroopers en situation de guerre plus réaliste et donnent vie aux soldats de l’Empire galactique : casques ensanglantés, enterrement d’un membre du groupe ou encore un moment de répit dans un monde en ruine.

Alors qu’il était encore celui qui demandait conseil aux plus anciens il y a quelques années, ce sont maintenant les plus jeunes utilisateurs qui, attirés par son travail sur Star Wars, viennent lui demander son avis et ses conseils pour réaliser leurs propres créations. Ce succès lui permet de mettre ses talents à des fins professionnelles, d’abord en réalisant une pub pour Tiny Tactical et ensuite pour le livre Lego Space de Muttpop. Que ce soit professionnel ou personnel, la création de scènes de legos est à la fois un challenge et un plaisir. Ce sont des jouets éternels, mais chaque nouvelle scène intègre de nouveaux éléments qui nécessitent des idées novatrices. De la conceptualisation au rendement final de l’image, la création d’une nouvelle scène suit une chaîne opératoire ou se mêle ses rêves d’enfance à une inventivité sans failles.

Du croquis à la photo

Shobrick s’inspire principalement du cinéma et du travail des membres de la communauté Flickr, mais aussi de l’architecture de la vie de tous les jours qui peut lui donner des idées pour mettre en scène des minifigurines. Généralement accompagnées d’un croquis, ses notes sont soigneusement consignées dans un carnet qu’il transporte avec lui. Sur son lieu de travail, il utilise le prototype d’un personnage pour essayer plusieurs angles de caméra et jouer avec la lumière afin de définir l’ambiance de la scène à venir. Déjà durant cette étape, il désarticule les figurines et utilise de la Patafix pour faire plusieurs essais. Une fois son choix fait, il pourra remplacer la gomme par de la glue et du scotch électrique pour fabriquer les accessoires comme les lanières de sacs ou les étuis des différentes armes. S’il veut faire tenir un personnage en hauteur, Aurélien utilise un élément lego composé d’une tige qui s’insère dans les jambes de la figurine.

Les éléments qu’il se procure pour le décor et le système D utilisé dépendent bien entendu du type de terrain souhaité. Si ses personnages devaient se retrouver sur Mars, Shobrick utiliserait du polystyrène sculpté et peint pour faire les falaises et les canyons et du sable fin pour simuler le sol martien. Beaucoup de ses décors les plus époustouflants sont en forêt – les deux Stormtroopers sautant par dessus le tronc d’arbre par exemple. Il n’hésite pas à incorporer de vrais éléments naturels comme du lichen ou des petits morceaux de mousse récupérés en forêt et complète le tout en achetant des petites plantes en plastiques pour aquarium afin de rendre l’environnement plus diversifié.

Une fois le tout agencé suivant son croquis initial sur un grand plateau et les figurines placées, il faut s’attaquer à l’éclairage et préparer l’atmosphère des photos. C’est là que Shobrick sort le gros matériel : machine à fumée, projecteurs tungstènes et plusieurs lampes de luminosité différentes. Il utilise également du cinéfoil qui permet de mieux cadrer le sujet en bloquant les fuites de lumières. Armé de son Canon 5D Mark III, il privilégie les temps de pose assez courts pour capturer des éléments de décors jetés sur les figurines (neige, débris de terre, etc.) pour donner l’illusion de mouvements. L’un de ses plus grands mérites est de faire ça depuis l’espace restreint de son appartement. Un véritable travail d’orfèvre ou chaque mauvais geste de la main peut détruire un élément du décor ou plusieurs figurines. L’agencement et le shooting peuvent lui prendre plusieurs jours, modifiant le concept au fur et à mesure pour peaufiner le rendu.

Et lorsqu’il s’agit du rendu de la photo, l’une des choses les plus difficiles à maitriser est la faible profondeur de champ. Une mise au point sur une petite figurine rendra le fond flou et inversement. Il pallie le problème en prenant plusieurs photos de chaque plan de l’image et les fusionne sous Photoshop. Les figurines peuvent être détourés, réduites ou agrandies, les détails comme les débris peuvent être multipliés et la luminosité et colorimétrie de chaque élément modifié. Loin d’être idéale, cette technique chronophage permet de contourner le casse-tête de la photographie de miniatures et de conserver une belle qualité d’image tout en gardant une certaine profondeur. Un travail minutieux qui résulte souvent en plusieurs versions d’une même scène. Il s’agira enfin de sélectionner la meilleure d’entre elles et de mettre l’image finale sur Internet. C’est avant tout l’engouement des gens pour son travail qui pousse Shobrick à donner vie aux scènes qu’il imagine. Depuis ses premières divagations d’enfance, Aurélien aura fait du chemin pour nous proposer aujourd’hui un travail remarquable qui atteste que les legos sont intrinsèquement une porte vers la créativité.

Page Flickr de Shobrick pour plus d’informations : https://www.flickr.com/photos/shobrick/